La grâce protectrice

La grâce protectrice
Nous avons appris à croire que la souffrance, la maladie et le malheur sont des anomalies qu’il faudrait corriger, combattre ou faire disparaître au plus vite. Cette vision, profondément ancrée, nous pousse à entrer en lutte permanente contre ce que nous vivons. Pourtant, cette lutte elle-même est souvent la source de l’intensification de la douleur.
Chercher à guérir à tout prix revient parfois à affirmer que la souffrance est réelle, dominante et toute-puissante. En s’y opposant, on lui donne une consistance supplémentaire. À l’inverse, l’acceptation ne signifie ni résignation ni passivité, mais une présence totale à ce qui est vécu. C’est en cessant de nier ou de rejeter l’expérience que celle-ci perd son pouvoir.
L’illusion de la prison intérieure
La peur agit comme un voile posé sur la conscience. Elle fait croire à une prison sans porte, où l’individu se perçoit condamné à subir sa condition. Cette prison n’est pourtant maintenue que par des croyances profondément ancrées : croyances sur la maladie, sur l’injustice, sur la culpabilité ou sur l’impuissance.
Tant que ces croyances ne sont pas questionnées, la souffrance est vécue comme une fatalité. Elle semble réelle, solide, indiscutable. Mais lorsqu’elles sont observées puis relâchées, la réalité qu’elles soutenaient commence à se dissoudre. Ce qui apparaissait comme un cauchemar révèle alors sa nature illusoire.
La négativité naît de l’opposition
Il n’existe qu’une seule manière de créer la négativité : l’opposition intérieure. Refuser ce qui est, se battre contre la douleur, nier le malheur ou vouloir qu’il n’existe pas, revient à l’alimenter. Plus l’opposition est forte, plus la souffrance se densifie.
Cette opposition est souvent inconsciente et projetée à l’extérieur. On accuse les autres, les événements, les circonstances ou même le destin. Cette projection détourne l’attention de la véritable cause du mal-être et allonge le chemin du retour à la conscience. Chercher un coupable à l’extérieur est un réflexe, mais il empêche toute libération réelle.
Accueillir plutôt que refouler
La libération commence lorsque l’on permet à tout ce qui est ressenti de s’exprimer librement. La peur, la tristesse, la colère et la souffrance ne sont pas des ennemis ; elles sont des messages. Les étouffer, c’est fragmenter l’esprit et transformer une énergie neutre en force destructrice.
Accueillir, c’est donner un espace à chaque émotion sans jugement ni résistance. C’est reconnaître ce qui est présent, sans chercher à le corriger immédiatement. Dans cette ouverture, l’énergie enfermée dans la douleur se transforme naturellement.
Le pardon comme purification
Le pardon n’est pas un acte moral ni une obligation spirituelle. Il est un processus de purification intérieure. Demander pardon tout en nourrissant la rancune n’a aucun effet. Le pardon véritable est un mouvement répété, sincère, profond, qui vise à dissoudre toute forme de haine ou de rejet.
Il s’adresse aux autres, mais aussi à soi-même : à ses mémoires, à son enfant intérieur négligé, à toutes les parts de l’être qui ont été refusées. Il s’adresse également à la dimension spirituelle, lorsque l’on s’en est détourné par peur, colère ou incompréhension.
L’invulnérabilité intérieure
Lorsque l’accueil est total et le pardon complet, quelque chose change radicalement. L’individu devient intérieurement invulnérable. Les paroles, les comportements des autres, la souffrance ou même la maladie ne trouvent plus de point d’accroche. Non pas parce qu’ils ont disparu, mais parce qu’ils ne rencontrent plus de résistance intérieure.
Cette invulnérabilité n’est pas une armure, mais une transparence. Rien n’est rejeté, donc rien ne peut blesser. Dans cet état, une protection naturelle s’installe, non
La grâce protectrice
comme une intervention extérieure, mais comme la conséquence directe de l’alignement intérieur.
La véritable protection divine
La protection divine ne consiste pas à être épargné par les épreuves, mais à ne plus être atteint dans son essence. Elle naît de l’acceptation totale, de la responsabilité intérieure et du pardon sincère. Lorsque l’être cesse de s’opposer à ce qu’il vit, il se libère de la souffrance qu’il entretenait lui-même.
Alors, même au cœur des tempêtes, quelque chose demeure intact, paisible et stable. C’est dans cet espace que se révèle la véritable protection : silencieuse, profonde et indestructible.
Riad Zein
