La flamme intérieure

Nous traversons souvent la vie en nous identifiant à un personnage que le monde a façonné pour nous. Dès l’enfance, nous apprenons à répondre aux attentes, à rechercher la sécurité, à devenir celui ou celle que l’on attend de nous. Peu à peu, une identité se construit et le mental s’en empare. Il crée des repères, des protections, des croyances et finit par nous faire croire que cette personnalité est ce que nous sommes.
Pourtant, derrière ce personnage, quelque chose demeure silencieusement présent. Une présence que les événements ne peuvent atteindre, que les blessures ne peuvent détruire et que les conditionnements ne peuvent véritablement recouvrir. Nous pouvons nous éloigner d’elle, l’oublier, vivre longtemps dans le bruit du monde, mais elle ne s’éloigne jamais de nous. Elle attend simplement que le regard se retourne vers l’intérieur.
C’est cette présence que j’appelle la flamme intérieure. Elle n’est pas une lumière que nous devons créer, ni une vérité que nous devons conquérir. Elle est déjà là. Elle est cette étincelle de l’Intelligence divine qui demeure en chacun, même lorsque le mental nous fait croire que nous sommes séparés de la Vie.
Lorsque nous cherchons notre valeur dans la reconnaissance, dans la réussite ou dans le regard des autres, nous nous éloignons de cette lumière sans jamais réellement la perdre. Nous essayons alors de remplir extérieurement un espace qui ne demande qu’à être reconnu intérieurement. Et lorsque tout ce qui nous permettait de nous distraire s’effondre, le vide apparaît.
Ce vide peut sembler douloureux, mais il contient parfois une grâce que le mental ne sait pas reconnaître. Il nous retire progressivement ce à quoi nous nous étions identifiés. Il nous invite à ne plus chercher, à ne plus lutter, à ne plus vouloir devenir quelqu’un d’autre. Alors, dans ce dépouillement, quelque chose commence à se révéler.
La lumière n’était pas absente. C’est seulement le bruit qui nous empêchait de l’entendre.
Lâcher prise devient alors autre chose qu’un effort pour abandonner. C’est cesser de retenir ce qui demande à partir. C’est laisser l’Intelligence divine reprendre sa place, sans chercher à lui imposer une direction. Dans le silence qui s’installe, la conscience découvre qu’elle n’a jamais été séparée de la Source.
La flamme intérieure ne demande rien. Elle ne réclame ni reconnaissance ni preuve. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle est simplement là, comme une présence silencieuse au cœur de notre être. Plus nous cessons de nourrir les ombres, plus sa lumière devient évidente.
Et peut-être qu’au terme de cette traversée, nous découvrons que nous n’avions jamais besoin de retrouver notre lumière. Nous avions seulement besoin de nous souvenir qu’elle n’avait jamais cessé de brûler.
Riad Zein
