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Discussions générales

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La paix entre le fait et la pensée


Nous souffrons souvent moins de ce qui arrive que de ce que nous en pensons. Le fait est là, simple, précis, silencieux. Puis le mental s’en empare. Il le juge, le compare à ce qu’il aurait souhaité, mesure l’écart entre ce qui est et ce qui aurait dû être, imagine ce qui pourrait arriver et donne à l’événement une signification qui dépasse largement ce qui s’est réellement produit. Peu à peu, autour d’un simple fait, toute une histoire se construit. Et c’est souvent cette histoire qui nourrit la peur, la colère, la déception ou le sentiment d’injustice.

 

Un événement possède une réalité immédiate. Le mental, lui, lui ajoute une mémoire, une attente, une interprétation, une projection. Ainsi, une parole devient une offense, un changement devient une menace, une attente déçue devient une preuve que la vie est injuste. Le fait initial demeure pourtant très simple. C’est notre relation avec lui qui lui donne une charge émotionnelle.

 

Être impartial ne signifie pas devenir froid, distant ou indifférent. L’impartialité véritable est une qualité de présence. Elle consiste à accueillir ce qui se présente avec suffisamment d’espace intérieur pour laisser apparaître le fait avant le commentaire. Voir une situation telle qu’elle est, c’est permettre à la réalité de reprendre sa simplicité. C’est regarder ce qui est présent, ici et maintenant, avant que le mental ne le transforme en problème, en menace ou en histoire personnelle.

 

Lorsque nous observons ainsi, quelque chose se détend naturellement en nous. Nous découvrons que nous pouvons ressentir pleinement une émotion sans lui donner immédiatement le pouvoir de définir la réalité. Nous pouvons reconnaître la colère sans devenir la colère, accueillir la tristesse sans construire notre identité autour d’elle, traverser l’incertitude en demeurant reliés à cette présence intérieure qui observe.

 

La paix commence souvent à cet endroit précis : dans l’espace entre ce qui arrive et ce que nous en faisons intérieurement. Dans cet espace, nous retrouvons notre liberté. Le fait demeure, mais la lutte intérieure perd son intensité. La réalité peut alors être regardée avec davantage de clarté, et cette clarté devient elle-même une forme de guérison.

 

Plus nous apprenons à voir avant d’interpréter, plus nous découvrons une intelligence silencieuse en nous. Elle n’a pas besoin de juger pour comprendre, ni de contrôler pour agir. Elle regarde, ressent, accueille et laisse émerger la réponse juste. Alors la vie cesse progressivement d’être quelque chose auquel nous devons constamment réagir. Elle devient une expérience à rencontrer avec présence.

 

La souffrance psychologique se nourrit souvent de la distance entre ce qui est et l’image que nous avions de ce qui devrait être. Lorsque cette distance se résorbe dans l’accueil du présent, une grande simplicité apparaît. Nous découvrons que l’instant possède déjà sa propre vérité.

 

Et dans cette vérité, il y a une paix que le mental cherchait depuis longtemps à construire par ses raisonnements, alors qu’elle était déjà là, silencieuse, derrière toutes ses interprétations.

 

Riad Zein

 

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