top of page

Discussions générales

Public·37 membres

Le voile de la dualité

 

Il fut un temps où rien n'était séparé. Un temps sans mémoire, où l'esprit vivait dans l'unité totale avec sa source. Puis quelque chose s'est produit. Un choix, profond et mystérieux, celui de faire l'expérience de la séparation. C'est ainsi qu'est né ce monde que nous connaissons, un monde de contrastes, de contradictions, un monde où tout semble divisé contre tout.

 

Cette rupture initiale n'a pas seulement fragmenté l'esprit. Elle a façonné les corps, multiplié les visages, dispersé une seule flamme en une infinité d'étincelles. Et chacune de ces étincelles, oubliant d'où elle venait, s'est retrouvée seule face à sa propre souffrance, croyant cette solitude réelle, croyant ce conflit nécessaire.

 

On pourrait croire à une erreur, à un accident cosmique. Mais regardons de plus près. Partout ailleurs dans la création, la multiplication se fait dans l'harmonie. Les étoiles naissent sans se combattre. Les cycles se répètent sans déchirement. Ici, sur cette terre, quelque chose de différent est à l'œuvre.

 

La dualité n'est pas une punition. Elle est un atelier. Un lieu où se forge, dans le feu de l'épreuve, quelque chose d'inestimable : des êtres capables de se tenir debout par eux-mêmes, entièrement libres, entièrement responsables de ce qu'ils créent. La souffrance, aussi rude soit elle, n'est que le prix provisoire d'une naissance bien plus vaste. Elle prépare des créateurs conscients, capables un jour de rejoindre leur source tout en gardant leur pleine autonomie.

 

La sortie de la souffrance n'est pas un retour en arrière. Ce n'est pas revenir à ce qui était avant l'oubli. C'est avancer vers quelque chose de neuf, une vie où la conscience crée en pleine lumière, où la joie n'a plus besoin de raison pour exister.

 

Ce chemin demande trois gestes simples et pourtant essentiels.

 

Le premier est de se défaire, doucement, des croyances héritées, de ces idées collectives que l'on porte sans les avoir choisies et qui continuent de dicter ce que l'on pense possible.

 

Le second est de revenir, encore et encore, à une seule certitude, celle qui ne vacille jamais : quelque chose de plus grand que nous EST, tout simplement, au-delà de toute preuve et de toute démonstration.

 

Le troisième est de laisser les mémoires du présent s'effacer d'elles-mêmes, sans forcer, sans arracher. On ne guérit pas une blessure en la combattant. On la laisse se dissoudre, à son rythme, en faisant de la place pour que quelque chose de plus vaste puisse agir.

 

Ce monde matériel, avec toute son épaisseur apparente, n'est finalement qu'un voile. Un mirage puissant, certes, mais un mirage tout de même, qui perd de sa force à mesure que l'on cesse de s'identifier à lui.

 

Il ne s'agit pas de le fuir ni de le nier. Il s'agit simplement de ne plus s'y accrocher comme à une vérité ultime. Peu à peu, sans brusquerie, l'esprit se détache de ce qu'il croyait être et retrouve ce qu'il a toujours été : une présence créatrice, vivante, et profondément reliée à tout ce qui est.

 

Riad Zein



 

12 vues

membres

bottom of page