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Quand le mental raconte la vie


Combien de fois avons nous réagi non pas à ce qui venait de se passer, mais à l'histoire que nous en avons racontée en une fraction de seconde ?

Un événement survient. Une parole est prononcée. Une sensation apparaît dans le corps. Et presque aussitôt, l'esprit commente : « C'est injuste. » « Il me manque de respect. » « Je vais échouer. »

À cet instant précis, nous quittons déjà l'expérience elle-même pour entrer dans ce que nous en pensons. Et c'est souvent là, dans cet écart minuscule, que naît la plus grande part de notre agitation intérieure.

Ce qui arrive, et ce que nous en faisons

Quelqu'un nous parle brusquement. Dans l'instant, il y a des faits simples : une voix plus forte, un visage tendu, un cœur qui s'accélère. Puis le mental s'en mêle : « Il cherche à m'humilier. » « Je ne peux pas accepter ça. »

Cette interprétation n'est peut être pas fausse. Mais elle reste une hypothèse, et la confondre avec le réel nous prive d'une liberté précieuse : celle de constater ce qui est là, avant de conclure sur ce que cela signifie.

Une histoire plus grande que l'événement

Le mental aime donner du sens. Il compare, anticipe, généralise. Un ami nous déçoit, et nous voilà à penser : « On ne peut faire confiance à personne. » Un échec survient, et surgit : « Je suis nul. »

L'événement était limité. L'histoire, elle, prend des proportions bien plus vastes. Et nous finissons par souffrir autant de ce récit que de ce qui l'a déclenché.

Observer avant de conclure

Il existe une étape que nous sautons presque toujours : celle qui consiste à observer avant de juger. Une émotion apparaît, nous pouvons la ressentir. Une pensée surgit, nous pouvons simplement remarquer sa présence.

« Il y a de la colère » n'est pas tout à fait la même chose que « je suis en colère ». Dans le premier cas, nous accueillons une expérience. Dans le second, nous risquons de nous y confondre entièrement. Cette nuance, en apparence minime, change profondément notre rapport à ce que nous traversons.

Ressentir n'est pas être

Dire « je suis anxieux » ou « je suis nul » transforme un état passager en identité durable. Une émotion n'est pourtant pas ce que nous sommes. La peur peut nous traverser sans faire de nous une personne peureuse.

Dire plutôt « une peur est présente » ne diminue en rien l'expérience. Cela lui offre au contraire l'espace nécessaire pour être pleinement rencontrée, plutôt que fuie ou justifiée.

Ne pas doubler la peine

La vie apporte son lot d'épreuves : pertes, ruptures, échecs. Cette première douleur, nous ne pouvons pas toujours l'éviter. Mais nous y ajoutons souvent une seconde couche, fabriquée par la pensée : « Pourquoi moi ? » « Je ne m'en remettrai jamais. »

Une blessure de quelques minutes peut ainsi devenir une souffrance qui dure des années, simplement parce que le mental continue de la raconter longtemps après que l'événement soit passé.

L'espace où tout devient possible

Nous ne choisissons pas toujours ce qui surgit en nous. Mais entre l'apparition d'une pensée et notre réponse, un espace peut s'ouvrir. Un espace où regarder, avant de décider.

Ne pas interpréter immédiatement ne signifie pas ne jamais interpréter. Cela signifie interpréter après avoir regardé.

La liberté d'un simple espace

Nous n'avons pas besoin de donner immédiatement un sens à tout ce que nous vivons pour le vivre pleinement. Regarder avant de juger. Ressentir avant d'expliquer. Écouter avant de conclure.

La réalité et le récit que nous en faisons ne sont jamais tout à fait la même chose. Entre les deux se tient un espace. Et dans cet espace, nous pouvons enfin choisir.


Riad Zein

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