La fausse promesse de l’autosuffisance

Nous sommes déjà entiers.
L’ego nous fait croire que notre accomplissement dépend de notre capacité à ne plus avoir besoin de personne. Il nous enseigne que la liberté ultime serait de devenir totalement autonome, de ne compter sur rien ni personne, de ne plus ressentir aucun manque ni aucune dépendance. Selon cette vision, l’être parfait serait celui qui avance seul, qui maîtrise tout, qui ne demande rien et qui trouve en lui-même toutes les réponses.
Mais derrière cette quête d’indépendance absolue se cache une croyance plus profonde : celle que nous sommes séparés. L’ego ne cherche pas seulement à nous rendre autonomes ; il cherche à nous convaincre que nous sommes des êtres isolés, coupés de la vie, obligés de construire seuls notre propre valeur et notre propre sécurité.
C’est ainsi qu’apparaît une recherche sans fin. Nous accumulons des réussites, des connaissances, des expériences et des possessions dans l’espoir de ressentir enfin cette plénitude que nous croyons avoir perdue. Pourtant, chaque accomplissement obtenu par cette voie ne fait que procurer un soulagement temporaire, car il repose sur l’idée initiale d’un manque.
La véritable complétude ne vient pas du fait de ne plus avoir besoin des autres. Elle ne signifie pas devenir un être fermé sur lui-même, incapable de recevoir ou de partager. Elle naît d’une reconnaissance plus profonde : nous ne sommes pas des fragments isolés cherchant à se compléter mutuellement, mais des expressions d’une même Source d’amour.
Notre lien avec la Source n’a jamais été rompu. La séparation n’est pas une réalité de notre être ; elle est une perception créée par l’esprit qui s’est identifié à l’ego. Lorsque cette perception commence à se dissoudre, nous découvrons que nous n’avons jamais été privés de ce que nous cherchions.
Alors, les relations changent de nature. Nous ne nous tournons plus vers les autres pour combler un vide intérieur, pour obtenir une validation ou pour fuir la solitude. Nous les rencontrons depuis un espace de plénitude, pour partager ce que nous sommes déjà. L’amour n’est plus une tentative de posséder ou d’être sauvé ; il devient une reconnaissance mutuelle de l’unité qui nous relie.
La paix commence lorsque nous cessons de poursuivre une perfection imaginaire. Elle apparaît lorsque nous abandonnons la lutte pour devenir quelqu’un d’autre et que nous revenons simplement à ce qui est déjà présent en nous.
Notre vraie nature n’a jamais été incomplète. Elle n’a jamais eu besoin de conquérir l’amour, car elle est née de l’amour et demeure éternellement unie à lui.
Nous ne devenons pas entiers ; nous réalisons que nous l’avons toujours été. 🤍
Riad Zein
