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Un Cours d'Amour

Public·2 membres

L'esprit aime savoir où il va


Il existe en chacun de nous une part qui a horreur de ne pas savoir. Elle déteste la confusion, l'incertitude, et plus encore l'idée de rester trop longtemps sans réponse. Cette part, c'est le mental. Et sa stratégie pour survivre dans un monde en perpétuel mouvement est presque toujours la même : se construire des ancres.


Une ancre, c'est une certitude. Une définition. Une position que l'on adopte et que l'on défend. Il est rassurant d'avoir des ancres. Elles nous évitent de sombrer dans le doute, nous donnent l'impression de tenir debout, de savoir qui nous sommes et ce que nous pensons. Le problème est que ces mêmes ancres qui nous stabilisent sont aussi parfois ce qui nous empêche d'avancer.


Imaginons la vie comme une mer en mouvement permanent. Le changement est cette mer qui ne cesse de bouger, de pousser, de transformer tout ce qu'elle touche. Un esprit trop ancré ne navigue pas avec cette mer : il lui résiste. Il perçoit chaque vague comme une menace et se raidit pour ne pas être emporté. Il se fortifie contre la tempête au lieu d'apprendre à danser avec elle.


Et c'est là tout le paradoxe : plus nous nous cramponnons à ce qui nous semble sûr, plus nous subissons le mouvement de la vie au lieu de le vivre pleinement. Nous croyons nous protéger, alors qu'en réalité nous limitons notre propre croissance.


Car l'esprit retourne presque toujours, par réflexe, vers ce qui lui est familier. Vers ce qui le rassure. Vers ce qu'il connaît déjà. Et c'est précisément pour cette raison qu'il ne voit pas toujours ce qui cherche à naître.


Il ne perçoit pas la transformation qui s'offre à lui, parce que se transformer suppose de relâcher ce à quoi l'on s'accroche. Il ne voit pas la création possible, parce que créer exige d'accepter l'inconnu, ne serait-ce qu'un instant. Il ne distingue pas le nouvel horizon, parce que cet horizon viendrait bousculer la réalité qu'il a patiemment construite pour se sentir en sécurité.


Alors, que faire de tout cela ?


Peut-être simplement reconnaître ce mécanisme en nous, sans le juger. Ce n'est pas un ennemi, mais une part de nous qui cherche à nous protéger comme elle le peut.


Nous pouvons cependant apprendre, peu à peu, à desserrer notre étreinte sur nos certitudes. À tolérer un instant de plus l'inconfort de ne pas savoir. À laisser venir la vague sans chercher immédiatement à la repousser.


Car c'est souvent là, dans cet espace d'incertitude accepté, que quelque chose de nouveau peut enfin apparaître.


Riad Zein

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