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Aimer sans être habité par la peur

il y a 1 jour
2 min de lecture

Vous ne pouvez véritablement sauver votre prochain lorsque votre cœur est habité par la peur. Car la peur altère le regard, trouble le discernement et transforme parfois les élans les plus sincères en une volonté inconsciente de maîtriser ce qui nous échappe.


Lorsque nous voyons souffrir un être qui nous est cher, quelque chose en nous s'agite. Nous voudrions alléger sa peine, lui épargner les épreuves, lui montrer le chemin qui nous semble le plus juste. Nous cherchons des réponses, des solutions, parfois même à intervenir dans son expérience, persuadés que notre amour nous donne le pouvoir de le préserver. Pourtant, derrière cette sollicitude se mêle souvent une inquiétude plus profonde : celle de ne pas supporter sa souffrance, de le voir s'éloigner ou de ne pas pouvoir empêcher ce qui nous semble douloureux.


Ainsi, sans même nous en apercevoir, nous risquons de faire peser sur l'autre le poids de nos propres peurs. Nous voulons le libérer de ce qu'il traverse, mais nous cherchons parfois, à travers lui, à nous libérer de notre propre impuissance.


L'amour véritable emprunte une autre voie. Il ne cherche pas à façonner le chemin de l'autre selon ses propres conceptions, ni à lui épargner toute expérience. Il sait que chaque être possède son propre mouvement d'évolution, son rythme de compréhension et ses chemins de révélation. Aimer, c'est aussi reconnaître cette liberté, respecter ce qui se vit et faire confiance à l'intelligence profonde de la Vie.


Cela ne signifie nullement se détourner de la souffrance ou demeurer spectateur. C'est au contraire devenir capable d'une aide plus consciente, affranchie de l'agitation intérieure et du besoin de résultat. Une parole juste, une écoute véritable, un geste empreint de douceur peuvent parfois ouvrir davantage de lumière que mille conseils dictés par l'inquiétude.


Car accompagner quelqu'un ne consiste pas à porter son existence à sa place, mais à lui offrir un espace où il puisse retrouver sa propre force. Il ne s'agit plus de vouloir le sauver, mais de l'accueillir dans son humanité, sans jugement, sans projection et sans attente particulière.


Lorsque la peur s'apaise, le cœur retrouve sa véritable intelligence. L'amour devient alors une force tranquille qui n'impose rien, ne retient rien et ne cherche aucune reconnaissance. Il se donne simplement, dans la justesse de l'instant.


Peut-être est-ce là l'un des plus beaux actes d'amour : apprendre à ne plus regarder l'autre à travers nos inquiétudes, mais à reconnaître en lui cette lumière intérieure que nos peurs, parfois, nous empêchent de voir.


Riad Zein





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