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Du Fantasme au Vivant

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

 

Habiter ce qui est

 

Nous vivons tous, à des degrés divers, dans des récits que notre esprit élabore. Ces constructions mentales, souvent appelées fantasmes, ne sont pas de simples rêveries : elles filtrent notre perception et donnent parfois l’illusion d’une réalité qui n’existe qu’en nous.

 

Le fantasme naît généralement d’un besoin non comblé. Besoin d’être reconnu, rassuré, maîtriser ce qui nous échappe. Alors l’esprit invente. Il imagine une conversation qui se passera enfin comme on le souhaite, une réussite qui comblera un manque, une version de soi plus aimée, plus forte, plus sûre. Sur le moment, cela apaise. Mais insensiblement, un glissement s’opère : nous ne réagissons plus à ce qui est, mais à ce que nous projetons.

 

À partir de là, notre regard change. Un regard devient une menace, un silence une preuve de rejet. Ce ne sont plus les faits qui guident nos réactions, mais les histoires que nous leur superposons. Pourquoi ? Parce que ces projections ne sont jamais neutres : elles sont chargées de nos besoins et des peurs qui les accompagnent. L’esprit se met alors en vigilance. Il n’observe plus la réalité pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle pourrait signifier pour nous.

 

La méfiance s’installe ainsi, presque à notre insu. Nous ne faisons plus confiance à ce qui est perçu directement, mais à ce que nous en déduisons. Et comme ces déductions cherchent avant tout à éviter la blessure ou la déception, elles penchent naturellement vers l’anticipation du pire. Peu à peu, un cercle se forme : plus nous projetons, plus nous interprétons ; plus nous interprétons, plus nous devenons méfiants ; et plus nous sommes méfiants, plus nous confirmons nos propres scénarios. Le lien simple avec le réel s’affaiblit.

 

Ce mécanisme n’est pas un ennemi ; il peut même être une source de créativité et d’élan. Mais lorsqu’il devient un refuge systématique, il nous éloigne du réel et nourrit une insatisfaction diffuse.

 

Le basculement commence lorsque l’on déplace son énergie de l’imaginaire vers l’intention d’agir. Là où le fantasme reste une projection, l’action engage le corps, le temps, la relation. Dire clairement ce que l’on ressent au lieu de le rejouer en boucle dans sa tête. Faire un pas, même imparfait, plutôt que d’attendre un scénario idéal. Offrir une attention sincère plutôt que d’espérer secrètement en recevoir.

 

C’est dans ces gestes simples que quelque chose change. La confiance ne dépend plus d’un monde intérieur instable, mais d’expériences concrètes. Les relations se clarifient, car elles reposent sur ce qui est exprimé et non supposé. L’esprit se calme, moins happé par les “et si”, davantage ancré dans ce qui se vit réellement.

 

Et c’est là que le paradoxe apparaît : ce réel que l’on évitait devient une source d’apaisement. Non pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il est habité. Les imperfections cessent d’être des problèmes à fuir ; elles deviennent le terrain même de l’expérience. Peu à peu, le besoin de se réfugier dans des scénarios idéalisés s’estompe, remplacé par une forme de satisfaction plus simple et plus stable.

 

L’équilibre ne consiste pas à supprimer l’imagination, mais à ne plus s’y perdre. Lorsqu’elle nourrit l’élan sans remplacer l’action, elle devient une alliée. Mais lorsque l’énergie revient au présent, dans des intentions incarnées, l’illusion perd naturellement de sa force. Et une présence plus juste, plus sobre, peut enfin émerger.

 

Riad Zein

 
 
 

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