top of page

L’ironie subtile de l’existence humaine

Dernière mise à jour : 29 déc. 2025

 

La condition humaine se déploie dans une trame paradoxale, tissée d’innocence et de complexité. À la naissance, nous surgissons dans le monde tels des êtres vierges de tout artifice, dépourvus d’ego, baignés dans une spontanéité lumineuse et une joie sans entrave. Les premières années de la vie sont une célébration de l’instant : le rire jaillit sans calcul, la curiosité s’épanouit sans limite, et la créativité s’exprime avec une grâce naturelle. L’enfant évolue dans un présent éclatant, animé par une étincelle vitale que nul nuage ne semble pouvoir ternir.

 

Peu à peu pourtant, l’éducation s’installe — douce dans ses intentions, rigide dans ses effets. Par les injonctions affectueuses mais normatives des parents, des enseignants et du corps social tout entier, l’enfant apprend à se conformer, à se méfier, à craindre. La spontanéité cède le pas à la prudence ; l’élan libre se mue en réflexes d’adaptation, en jugements intériorisés, en stratégies de protection. L’être originel, libre et vibrant, devient un être façonné, sculpté par les attentes et les peurs d’autrui. La joie native se voile alors de doute, parfois d’amertume.

 

L’ego, que nous finissons par confondre avec notre identité véritable, n’est souvent qu’un amalgame de pensées empruntées, de croyances inculquées, de projections sociales. Il reflète les angoisses et les idéaux de notre environnement tout en se présentant comme le centre de notre être. Nous le défendons avec acharnement, même lorsqu’il devient le foyer de nos souffrances. S’en détacher semble une entreprise vertigineuse, car cela revient à ébranler les fondations mêmes de notre perception du réel.

 

Or, cette perception est elle-même une construction fragile. Elle façonne notre vérité subjective, mais elle est sans cesse nourrie — et parfois déformée — par les récits extérieurs : les paroles des proches, les images médiatiques, les discours dominants. Ce flot continu d’informations modèle notre vision du monde et, par ricochet, notre ego. L’opinion la plus récente, la voix la plus forte, deviennent souvent les repères illusoires de notre réalité.

 

Cependant, au-delà de cette strate d’illusions, subsiste une vérité plus vaste, plus essentielle. Nous ne sommes pas uniquement les produits de notre conditionnement. Nous sommes des êtres de lumière, des fragments d’une conscience universelle, des étincelles issues d’un amour primordial. Cette dimension supérieure — notre essence profonde — demeure intacte, silencieuse, en attente de notre reconnaissance.

 

Le retour à soi, la désidentification des constructions mentales, ne constituent pas un reniement du monde, mais une renaissance. C’est renouer avec la joie originelle de l’enfant, cette communion immédiate avec la vie, avant que l’ego ne s’interpose. C’est redécouvrir que nous ne sommes pas prisonniers de nos pensées, mais porteurs d’une conscience illimitée.

 

Ainsi se révèle l’ironie majestueuse de l’existence humaine : nous consacrons une partie de notre vie à édifier un personnage, pour ensuite passer le reste de notre parcours à tenter de le transcender. Et dans cette quête, nous comprenons que la liberté ne se conquiert pas — elle se retrouve.


Riad Zein

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page