L’Opposition et le Pardon : du déni de réalité au retour à l’innocence
- Riad Zein
- 2 nov. 2025
- 3 min de lecture

L’existence humaine se déploie dans une tension constante entre l’opposition et l’acceptation. Or, l’opposition n’est pas simplement un désaccord intellectuel ou moral : elle constitue un mécanisme psychologique profond, enraciné dans la peur et la culpabilité. Elle agit comme un réflexe d’autodéfense de l’ego, qui, refusant de reconnaître la réalité, s’enferme dans un cercle vicieux de souffrance. À l’inverse, le pardon apparaît comme le seul moyen de rompre ce cycle, en rétablissant la reconnaissance de l’innocence fondamentale de l’être. Comprendre cette dynamique, c’est saisir que l’opposition mène à la rupture de l’innocence, tandis que le pardon en est le chemin de retour.
I. L’opposition : un déni de réalité nourri par la culpabilité
S’opposer, ce n’est pas seulement refuser une idée ou un événement extérieur ; c’est, plus profondément, nier une réalité intérieure. L’opposition naît du refus d’accepter ce qui est, parce que l’ego projette sur cette réalité sa propre culpabilité. Il interprète chaque confrontation comme une menace : « si j’accepte cela, je serai reconnu coupable, et je devrai en subir la sentence. » Ainsi, l’opposition devient une stratégie de défense psychique visant à éviter une condamnation intérieure imaginaire.
Ce déni crée un véritable cercle vicieux. De la culpabilité naît la peur de la sentence ; cette peur engendre l’opposition, c’est-à-dire le refus de voir la réalité telle qu’elle est. Ce refus se traduit par des jugements portés sur le monde extérieur, qui ne sont en réalité que des projections de la culpabilité interne. Ces jugements nourrissent les conflits, la peur, le ressentiment, autant de signes d’un éloignement progressif de la paix intérieure. Là où l’on s’oppose, on dérive : l’énergie vitale se détourne de la vérité et s’enfonce dans la souffrance, dans une forme symbolique de mort, la rupture du cycle d’innocence.
II. Les signes de la dérive : la résistance comme symptôme du déni
Chaque fois que l’être humain ressent de la colère, de la peur ou du ressentiment, il manifeste, sans le savoir, une opposition à la réalité. Ces émotions sont les indicateurs d’un conflit intérieur : elles signalent que la mémoire racine de la culpabilité s’est réactivée. Ce n’est donc pas la situation extérieure qui est la véritable cause du trouble, mais la croyance enfouie que l’on mérite une punition, que l’on est coupable d’avoir « mal fait ».
La résistance devient ainsi un baromètre spirituel. Là où il y a opposition, il y a oubli de l’innocence. L’ego, persuadé de se protéger, s’éloigne au contraire de la vérité. C’est à ce moment que s’installe la dérive vers la mort symbolique : celle d’un être enfermé dans ses propres jugements, coupé de la paix originelle qui le reliait à la réalité telle qu’elle est — simple, pure, et sans condamnation.
III. Le pardon : un acte de reconnaissance, non de morale
Face à ce mécanisme destructeur, le pardon apparaît non pas comme un geste moral, mais comme un acte de lucidité. Il ne s’agit pas de dire : « je te pardonne », comme si un crime avait réellement été commis. Le véritable pardon reconnaît qu’il n’y a jamais eu de faute. Il repose sur la compréhension profonde que la culpabilité n’a pas de fondement réel.
Ainsi, le pardon agit comme un rajustement intérieur : il interrompt le cercle vicieux de l’opposition et de la peur. En dissolvant les pensées accusatrices, il neutralise la projection de la culpabilité sur autrui. Le monde extérieur cesse alors d’être un théâtre d’accusation et devient le miroir de l’innocence retrouvée. Ce changement de perception est fondamental : la réalité n’a pas changé, mais le regard, lui, a été purifié. Là où l’on voyait des offenses, on découvre la simplicité d’un monde réconcilié avec lui-même.
IV. Le retour à l’innocence : la nouvelle vision de la réalité
Le pardon conduit à une véritable renaissance intérieure. En cessant de projeter sa culpabilité, l’esprit retrouve son état naturel d’innocence. Ce retour n’est pas un effort moral ni un acte religieux : il s’agit d’une correction du regard. La réalité redevient douce, non pas parce qu’elle se transforme, mais parce qu’elle est enfin perçue sans le filtre du jugement.
Dans cette vision rétablie, la dualité s’efface : l’opposition disparaît, car il n’y a plus rien à défendre. L’ego se tait, et la paix peut s’installer. L’être humain découvre alors que l’innocence n’a jamais été perdue, seulement voilée par la croyance en la culpabilité. Le pardon n’est donc pas une réparation, mais une révélation : celle que rien n’avait besoin d’être réparé.
Riad Zein



Commentaires