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L’Équilibre

Dernière mise à jour : il y a 2 jours


La réalité, telle que nous la percevons, n’est jamais donnée en elle-même. Elle est le produit mouvant d’une tension intérieure, d’un dialogue silencieux entre deux instances de la conscience : l’égo, siège de la subjectivité, et l’esprit neutre, témoin impartial du réel. L’égo, fruit de la mémoire et de l’identification, projette sur le monde un voile d’interprétations forgées par le passé. Il élabore une structure mentale cohérente en apparence, mais fondée sur des prémisses illusoires. Ainsi, il nous enferme dans un simulacre de réalité, une construction mentale saturée d’émotions réactives, où la peur et l’aversion tiennent lieu de boussole.


 

À l’inverse, l’esprit neutre, affranchi des conditionnements, ne filtre pas le réel à travers le prisme de la dualité. Il s’installe dans une présence lucide, où chaque phénomène est accueilli sans jugement, dans la clarté d’un regard non possessif. Là où l’égo saisit et catégorise, l’esprit neutre contemple. Son mode d’être repose sur une connaissance intuitive, une sagesse du cœur qui reconnaît l’unité sous-jacente à toute forme. Cette lucidité aimante n’est pas un détachement froid, mais une immersion dans la trame vivante du présent, où la réalité se donne sans médiation.


 

L’accès à cette vision plus haute du réel suppose une vigilance intérieure, un effort d’attention qui transcende la simple introspection. Il ne s’agit pas de nier l’égo, mais de le reconnaître pour ce qu’il est : une construction fonctionnelle mais limitée. C’est en laissant l’esprit neutre – que l’on pourrait nommer conscience supérieure – orienter notre rapport au monde que s’opère une transmutation intérieure. Ce processus n’est pas de l’ordre de l’intellect, mais de l’être : les affects douloureux cèdent peu à peu la place à une énergie subtile, tangible, que l’on peut nommer amour inconditionnel – non au sens sentimental, mais comme présence ontologique.


 

Une telle métamorphose dépasse l’individu. Elle ouvre la voie à une transformation collective, où chaque être, en se réconciliant avec sa nature profonde, contribue à l’émergence d’un monde plus juste, plus aimant, plus réel. Dans cette perspective, l’équilibre entre l’égo et l’esprit neutre ne relève plus simplement d’une quête intérieure : il devient une exigence éthique, un acte de responsabilité cosmique. Par cet alignement, nous participons à la levée du voile de l’ignorance et à l’avènement d’une sagesse partagée – celle qui sait que la vérité n’est pas à posséder, mais à incarner.


Riad Zein

 


 

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