Le Courage Ultime
- Riad Zein
- 6 juin 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Embrasser la Peur à sa Source
Le courage véritable est souvent mal compris. On l’imagine bruyant, triomphant, conquérant. En réalité, le courage ultime est silencieux. Il ne cherche pas à dominer le monde extérieur, mais à rencontrer l’intimité de nos émotions les plus profondes, particulièrement la peur.
La peur est une force ancestrale. On la perçoit généralement comme un simple réflexe de survie hérité de nos lointains ancêtres, et en cela, elle a rempli sa mission : nous protéger du danger. Mais dans notre monde moderne, où les menaces immédiates ont changé de visage, la peur n’a pas disparu. Elle a muté. Elle s’est insinuée dans nos pensées, nos anticipations, nos relations, prenant les formes plus subtiles de la peur du rejet, de l’échec, de la perte, du jugement ou de l’inconnu.
Si l’on regarde plus profondément encore, au-delà de ces visages contemporains, on découvre une racine existentielle à la peur : la croyance en une séparation fondamentale. Cette peur primordiale semble naître d’un pressentiment que nous avons été, d’une manière ou d’une autre, arrachés à une unité originelle, au tout de la vie, à l’amour inconditionnel, à une présence que certains appellent Dieu. Ce sentiment de séparation nourrit un vide intérieur, une angoisse d’abandon, souvent inconsciente, mais toujours agissante.
Dès que l’être humain s’est perçu comme une entité distincte, la dualité est née : soi contre l’autre, lumière contre ombre, sécurité contre menace. Et avec cette dualité, la peur s’est installée comme toile de fond de l’expérience humaine. Nous ne craignons plus simplement pour notre vie : nous craignons de ne pas être. C’est cette angoisse existentielle qui alimente, en profondeur, toutes les peurs secondaires.
Dès lors, résister à nos émotions devient bien plus qu’un mécanisme psychologique : c’est une tentative inconsciente de fuir ce vide d’origine. Nous repoussons la tristesse par peur de nous effondrer. Nous retenons la colère par crainte de rompre des liens déjà fragiles. Et paradoxalement, nous réprimons même la joie, de peur qu’elle ne soit que passagère, et qu’elle ne laisse place à un vide encore plus cruel. Derrière chaque émotion refoulée se cache une peur plus ancienne, plus radicale : celle de ne plus être relié, celle d’être seul.
Mais cette résistance ne nous protège pas. Elle nous isole, nous fragmente, nous coupe de la fluidité de la vie. Elle alimente des conflits intérieurs qui finissent inévitablement par se refléter à l’extérieur. Ce que nous fuyons en nous, nous le projetons sur le monde. Ce que nous refusons de voir en nous, nous l’attaquons chez les autres.
Le courage véritable, alors, n’est pas un combat contre la peur, mais un acte de réconciliation. Une réconciliation avec nos émotions, avec notre vulnérabilité, avec notre humanité imparfaite — et plus profondément encore, avec cette peur de la séparation. Accueillir nos émotions, c’est oser regarder la peur en face. Non pour la nier ou la vaincre, mais pour lui offrir un espace. C’est reconnaître qu’elle n’est pas un ennemi, mais un messager. Une partie de nous qui veut simplement être entendue.
Lorsque nous cessons de lutter contre elle, la peur perd de sa tyrannie. Nous commençons à l’écouter, à la comprendre, à l’apaiser. Dans cette alchimie intérieure, les oppositions s’effacent, les tensions se dissolvent. Les forces qui nous divisaient s’évanouissent. Il n’y a plus de lutte, plus de fuite. Il y a une présence, simple, stable, vivante.
Et dans ce silence intérieur retrouvé, au-delà des illusions de séparation, s’ouvre un espace de paix. Un espace où la peur devient un seuil, non un obstacle. Là naît la véritable force : non pas celle de dominer, mais celle d’embrasser. Le courage ultime n’est pas de fuir la peur, mais de la reconnaître comme le chemin du retour à l’unité.
Riad Zein



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