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Les deux visages de l'abandon

  • il y a 13 heures
  • 3 min de lecture

 

Il existe en nous deux manières de nous ouvrir au Divin.

L'une passe par le ressenti.

L'autre par l'inspiration.

 

Nous avons souvent tendance à les opposer : le cœur et l'esprit, le féminin et le masculin, l'accueil et la direction. Pourtant, cette opposition est trompeuse. Ces deux voies ne s'excluent pas ; elles se répondent et s'accomplissent mutuellement.

 

La Mère Divine et le Père Divin ne sont pas deux réalités séparées, mais deux expressions d'une même Présence.

 

L'art de recevoir

 

La Mère Divine nous enseigne avant tout l'accueil.

 

Elle ne parle pas toujours avec des mots. Sa présence se reconnaît dans ce qui est éprouvé : une émotion, une sensation, une ouverture intérieure, parfois même une résistance qui ne demande rien d'autre qu'à être pleinement accueillie.

 

Se laisser porter par la Mère Divine, c'est renoncer à vouloir comprendre immédiatement ce qui nous traverse. C'est accepter de ressentir avant de chercher à expliquer.

 

Lorsque nous cessons de lutter contre notre expérience, quelque chose se relâche naturellement. Le ressenti n'a plus besoin d'être corrigé, jugé ou transformé pour devenir digne d'attention. Il devient un lieu de rencontre avec nous-mêmes, et peut-être déjà avec le Divin.

 

L'amour apparaît alors sous un jour nouveau. Il n'est plus un idéal à atteindre, mais une qualité de présence qui naît lorsque nous cessons de nous opposer à ce qui est.

 

L'art d'écouter

 

Le Père Divin répond à un autre mouvement.

Après avoir accueilli, il devient possible d'écouter.

 

Non pas le flot incessant des pensées, mais ce qui émerge lorsque le mental retrouve le silence : une intuition, une inspiration, une évidence paisible, une direction qui ne s'impose jamais par la contrainte.

 

« Remets-toi à Lui » ne signifie pas renoncer à son discernement. Cela signifie renoncer à la croyance que nous devons tout contrôler, tout prévoir et tout décider seuls.

 

L'inspiration ne prend pas toujours la forme d'une voix intérieure. Elle peut surgir comme une compréhension soudaine, une simplicité nouvelle, une orientation qui s'impose sans violence.

 

Elle ne contraint pas.

 

Elle éclaire.

 

Recevoir et écouter

 

C'est ici que leur complémentarité apparaît.

 La Mère nous apprend à ressentir.

 Le Père nous apprend à écouter.

 L'une nous ramène au cœur de l'expérience.

 L'autre révèle ce qui peut émerger de cette expérience.

 

Le ressenti nous apprend à ne plus fuir ce qui est vivant en nous.

 

L'inspiration nous apprend à ne plus fabriquer mentalement ce qui demande simplement à être découvert.

 

Entre ces deux mouvements naît l'abandon.

 

Mais l'abandon véritable n'est ni une démission ni une passivité. Il ne consiste pas à renoncer à agir ou à réfléchir. Il consiste à cesser de faire du mental l'autorité suprême de notre existence.

 

Le mental veut savoir avant de vivre.

Le ressenti invite à vivre avant de comprendre.

L'inspiration invite à écouter avant de décider.

 

Lorsque ces trois dimensions retrouvent leur juste place, quelque chose s'harmonise. La vie cesse d'être un combat contre elle-même et retrouve sa simplicité.

 

L'unité derrière les apparences

 

La Mère Divine et le Père Divin ne sont pas deux puissances qui se partagent notre attention. Ils sont les deux mouvements d'une même Source.

 

La Mère accueille.

Le Père oriente.

L'Amour les unit.

 

L'une nous apprend la confiance dans ce qui se vit.

L'autre la confiance dans ce qui vient.

 

L'éveil commence peut-être lorsque nous cessons de choisir entre ces deux voies. Nous découvrons alors que le Divin nous rejoint autant dans la profondeur de nos ressentis que dans la clarté de nos inspirations.

 

Le chemin ne consiste plus à chercher des réponses à l'extérieur, mais à cultiver une disponibilité intérieure.

 

Ressentir sans s'y perdre.

Écouter sans projeter.

Agir sans vouloir tout contrôler.

Alors l'abandon cesse d'être un renoncement.

 

Il devient une manière d'habiter pleinement la vie.

Se laisser accueillir par la Mère.

Se laisser guider par le Père.

Et reconnaître, au cœur de ces deux mouvements, l'unique Présence.

 

Riad Zein



 

 
 
 
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