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Vivre ses affirmations : Entre idéal et réalité

 

 

L'être humain affirme constamment des idées, des convictions ou des désirs. Pourtant, ces affirmations ne prennent de sens que si elles sont vécues pleinement. Faute de les incarner, elles deviennent de simples paroles vaines, presque mensongères. Paradoxalement, beaucoup continuent à agir comme si le monde avait une réalité absolue, lui accordant un sérieux disproportionné et laissant la peur guider leurs choix. Cela soulève une question fondamentale : comment concilier l’authenticité de nos convictions avec notre perception d’un monde qui peut sembler irréel ou illusoire ?

 

Les mots ont une valeur seulement lorsqu’ils sont accompagnés d’actes. Affirmer quelque chose implique un engagement total, une cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Sans cette cohérence, l’affirmation se transforme en mensonge, non seulement pour autrui, mais aussi pour soi-même. Vivre ses convictions, c’est se confronter à soi, accepter les responsabilités qui découlent de ses choix et se libérer de l’hypocrisie intérieure.

 

Cette quête de cohérence est le fondement de l’intégrité. En effet, affirmer que le monde est illusoire tout en agissant comme s’il était réel revient à trahir sa propre pensée. Historiquement, des penseurs comme Bouddha ou les stoïciens, ou encore des philosophes comme Nietzsche, ont cherché à incarner leurs convictions en faisant de leur vie une démonstration vivante de leur pensée, qu'il s'agisse de détachement ou d'engagement total. Pour eux, la pensée devait être une force vitale, incarnée dans le corps et dans l’existence.

 

Toutefois, la réalité de l'être humain est plus complexe. L'homme est traversé par des contradictions. Il peut croire en l’illusion du monde tout en étant profondément affecté par ses événements. La peur, la douleur et l’amour sont des expériences qui résistent à l’abstraction. Dire que le monde est irréel ne supprime pas la peur du danger, ni la tristesse de la perte. Le corps et l’inconscient continuent de réagir, indépendamment des idées.

 

Si nous ressentons de la peur, c'est que, malgré nos idées, nous acceptons la réalité comme un fait tangible. Même si nous disons que le monde est une illusion, notre peur de souffrir ou de mourir montre que nous y croyons encore, au moins émotionnellement. De plus, vouloir incarner totalement une idée peut mener à un dogmatisme ou à une rigidité qui nous coupe du monde et devient une fuite plutôt qu'une véritable libération.

 

Affirmer une idée sans l’incarner, c’est risquer de la vider de son sens. Pourtant, l’incarnation totale est un défi immense, car elle suppose de transformer non seulement notre pensée, mais aussi nos émotions, nos réflexes et notre rapport au monde. L'attachement à notre environnement, à nos proches et à notre histoire rend d'ailleurs difficile un détachement total.

 

Plutôt que de nier la peur, il s’agit peut-être de l’accueillir comme une part de notre humanité, tout en cultivant une conscience plus vaste. La cohérence ne serait alors pas une pure rigidité, mais une tension féconde entre l’idéal et le réel. Il faut viser une fidélité à nos idées qui accepte les limites de notre condition humaine, tout en cherchant à les dépasser. La liberté ne consiste pas à contrôler le monde, mais à vivre en accord avec soi-même, sans compromis ni crainte inutile, tout en reconnaissant la complexité de notre existence.

 

Riad Zein

 

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