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Au-delà de la plainte et du jugement

21 sept.
3 min de lecture

 

La plainte comme le jugement créent un lien avec ce que tu rejettes. Tant que tu condamnes ce qui arrive, tu demeures attaché à ce que tu voudrais fuir. Tu crois te libérer d’une situation ou d’une personne, mais c’est précisément ton opposition qui maintient la connexion. La plainte affirme que tu subis ; le jugement affirme que tu as raison. Derrière ces deux mouvements se trouve pourtant une même mécanique : une mémoire qui cherche à se protéger et à préserver l’image qu’elle a construite de toi.

 

L’enfant blessé réclame réparation, reconnaissance ou amour. L’adulte moralisateur cherche à avoir raison et projette sa culpabilité au dehors. Deux expressions d’une même identification qui ne disent pourtant rien de ce que tu es véritablement. Elles apparaissent lorsque certaines mémoires se réveillent et cherchent à te protéger d’une peur ancienne : être rejeté, abandonné, coupable, impuissant ou privé d’amour.

 

Il n’y a rien à combattre. Combattre nourrirait encore ces personnages et donnerait une réalité supplémentaire à ce qui ne demande qu’à être vu. Il s’agit simplement de reconnaître ce qui se présente. Lorsque la plainte surgit, ne cherche pas immédiatement à expliquer la souffrance. Observe ce qui se contracte en toi. Écoute le récit qui se forme. Reconnais le personnage qui parle, sans le condamner et sans chercher à le faire taire. Respire. Reviens à la présence. Laisse apparaître ce qui apparaît, puis laisse-le être accueilli dans l’espace silencieux de la conscience.

 

Tu peux alors découvrir quelque chose de plus profond : la mémoire n’a pas besoin d’être combattue pour perdre son pouvoir. Elle a seulement besoin d’être éclairée par la présence. Ce que tu regardes sans jugement cesse peu à peu de te gouverner. Le personnage peut encore se manifester, la pensée peut encore raconter son histoire, l’émotion peut encore traverser le corps, mais tu n’es plus obligé de devenir ce personnage ni de croire chacune de ses paroles. C’est là que commence la véritable désidentification.

 

La présence, elle, n’a rien à défendre, rien à prouver et rien à condamner. Elle voit. Elle accueille. Elle demeure. Et dans cette simple présence, quelque chose en toi reconnaît qu’il existe une intelligence plus vaste que celle qui cherche constamment à comprendre, contrôler ou corriger ce qui est. Lorsque tu cesses de lutter contre l’expérience, tu t’ouvres à cette Intelligence qui n’a jamais cessé d’être là.

 

Tu découvres alors que la paix n’était pas à construire. Elle était déjà présente, silencieuse, sous le bruit de la plainte, sous la colère du jugement, sous toutes les histoires que le mental avait inventées pour te protéger. La paix ne revient pas parce que le monde devient conforme à tes attentes. Elle se révèle lorsque tu cesses de faire de ce qui est un ennemi.

 

Alors quelque chose se détend profondément. Celui que tu condamnais n’est plus seulement celui qui t’a blessé. La situation que tu rejetais n’est plus seulement celle qui devait disparaître. Tu commences à voir que l’expérience elle-même peut devenir un lieu de rencontre avec la conscience. Ce qui semblait être une menace devient un appel à revenir à l’amour.

 

Et peut-être est-ce cela, finalement, le véritable lâcher-prise : non pas abandonner le monde, mais abandonner la guerre intérieure contre ce qui est. Lorsque tu ne nourris plus le conflit, le lien fond naturellement. Lorsque tu ne cherches plus à avoir raison, la vérité n’a plus besoin d’être défendue. Et lorsque tu cesses de demander au monde de te rendre la paix, tu peux enfin reconnaître qu’elle ne t’avait jamais quitté.

 

Riad Zein

 


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