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L’énergie est neutre

  • 8 août
  • 4 min de lecture

 

À sa source, l’énergie est neutre. Elle ne contient ni bien ni mal, ni lumière ni ombre. Elle ne porte aucune intention propre. C’est la manière dont nous l’accueillons, la percevons et l’interprétons qui lui confère une orientation.


Cette intuition, en apparence simple, bouleverse profondément notre manière de comprendre la peur, l’émotion et la manifestation.


Lorsqu’une croyance de séparation s’enracine en nous, lorsque nous perdons la conscience du lien avec l’Amour qui nous constitue, cette croyance engendre la peur. La peur altère alors notre perception de l’émotion. L’émotion ainsi déformée donne naissance à la dualité. Et la dualité finit par inscrire ses effets dans le monde physique : dans nos relations, dans notre corps, dans nos expériences et dans les circonstances de notre existence.


Ce mouvement est familier. Nous en reconnaissons les traces dans les épreuves que nous traversons et dans les situations qui semblent se répéter. Pourtant, un mécanisme plus subtil demeure souvent invisible : la dualité, une fois manifestée, vient elle-même alimenter la croyance qui lui a donné naissance.


Une blessure devient alors la confirmation d’une séparation déjà crue. Une expérience douloureuse semble apporter la preuve que la peur avait raison. Ce que nous croyions se trouve renforcé par ce que nous vivons, tandis que ce que nous vivons consolide à son tour ce que nous croyons.


Ainsi se constitue une boucle : la croyance engendre l’expérience, puis l’expérience légitime la croyance.


Reconnaître cette boucle constitue déjà un mouvement de libération. La souffrance cesse progressivement d’être considérée comme une preuve de la réalité de la séparation et peut être reconnue pour ce qu’elle est : un écho, une manifestation secondaire d’une perception devenue séparée de sa source.


Ce que je ne cherche pas à faire


Il ne s’agit pas de remplacer le mal par le bien. Une telle démarche demeurerait inscrite dans la dualité, puisqu’elle consisterait simplement à déplacer notre expérience d’un pôle vers son opposé.


L’enjeu est plus profond : remonter en amont de la dualité, jusqu’à cette énergie originelle qui, avant toute interprétation, demeure parfaitement neutre.


C’est depuis cet espace que la création peut retrouver sa liberté.


Amour → énergie neutre → manifestation


Tel est le mouvement de la création consciente.


À l’inverse :


Croyance de non-Amour → peur → émotion déformée → séparation → dualité → manifestation


Tel est le mouvement que nous reproduisons souvent sans en discerner le mécanisme.


La différence essentielle ne réside donc pas dans l’énergie elle-même, mais dans la conscience depuis laquelle nous la rencontrons.


La peur n’est pas l’ennemie de l’Amour


L’une des clés les plus profondes de cet enseignement réside ici : la peur n’est pas l’opposé de l’Amour.

Elle est l’Amour vécu à travers une croyance de séparation.


Cette compréhension transforme radicalement notre relation à la peur. Elle ne devient plus une force étrangère à vaincre, mais une énergie dont la perception a été altérée par une croyance.


La peur n’a donc pas à être combattue. Elle a à être traversée.


La combattre revient à produire une énergie dirigée contre elle. Nous recréons alors, dans notre propre mouvement intérieur, la même logique de séparation que nous cherchons précisément à dissoudre. La lutte demeure à l’intérieur de la dualité et ne peut, par elle-même, nous en extraire.


Traverser la peur demande une autre qualité de présence.


Il ne s’agit ni de la fuir en détournant notre attention, ni de la réduire au silence par la volonté ou l’analyse. Il ne s’agit pas davantage de s’y identifier jusqu’à confondre notre être avec l’expérience qui nous traverse.


Traverser signifie demeurer pleinement présent à ce qui est là, sans chercher à l'orienter, à le juger ou à le modifier. C’est laisser l’énergie se déployer dans l’espace de la conscience, jusqu’à ce qu’elle puisse retrouver d’elle-même sa neutralité originelle.


Dans cette présence sans opposition, quelque chose se réaccorde.


L’énergie cesse progressivement d’être polarisée par la peur. Elle n’a plus besoin d’être rejetée, combattue ou retenue. Elle peut simplement redevenir ce qu’elle est : une puissance neutre, disponible à la conscience.


Et lorsque la neutralité est retrouvée, l’Amour peut à nouveau créer sans être déformé par la croyance de séparation.


Transformer le monde autrement


Nous avons longtemps associé la transformation à l’affrontement. Transformer le monde signifierait combattre l’injustice, repousser l’ombre, vaincre ce que nous désignons comme le mal.


Pourtant, une transformation plus profonde peut s’accomplir sur un autre plan.


Le monde ne se transforme pas durablement par l’opposition à ce que nous appelons le mal. Il se transforme lorsque nous cessons de créer à partir de la peur.


Cela ne constitue ni un renoncement ni une indifférence face à ce qui se manifeste. C’est un déplacement du lieu depuis lequel nous agissons.


Au lieu de répondre à la dualité par davantage de dualité, nous revenons en amont de celle-ci. Nous retrouvons l’espace où l’énergie n’est pas encore divisée, interprétée ni orientée par la peur.


Là se trouve la véritable transformation.


Revenir à la neutralité de l’énergie, ce n’est pas renoncer au monde. C’est cesser de le nourrir depuis la séparation.


C’est revenir à la source.


Et depuis cette source, l’énergie redevient disponible à l’Amour, afin que celui-ci puisse créer librement.


Riad Zein



 

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