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Le jeûne psychologique

il y a 7 jours
3 min de lecture

 

Nous connaissons le jeûne du corps : nous cessons momentanément de manger afin de laisser l’organisme se reposer. Mais il existe un jeûne plus subtil : celui qui consiste à ne plus alimenter tout ce qui encombre l’espace intérieur.

 

L’esprit aussi peut être saturé. Informations, images, messages, opinions, sollicitations et pensées se succèdent sans interruption. À peine une pensée apparaît-elle qu’une autre la remplace. L’attention se disperse et se tourne sans cesse vers l’extérieur, jusqu’à oublier le silence.

 

Nous ne manquons pas de stimulation. Nous manquons de silence.

 

Le jeûne psychologique commence lorsque nous cessons volontairement de nourrir ce flux. Réduire les sollicitations, poser le téléphone, s’éloigner quelque temps des écrans, marcher sans musique, demeurer quelques instants sans rien absorber : ce n’est pas se couper du monde, mais rendre à l’être l’espace nécessaire pour retrouver sa présence.

 

Jeûner ne signifie pas empêcher les pensées, les émotions ou les désirs d’apparaître. Il s’agit de ne plus les nourrir automatiquement.

 

Une inquiétude apparaît : elle peut être regardée. Une émotion traverse le corps : elle peut être accueillie. Une impulsion surgit : elle peut être ressentie sans être immédiatement suivie.

 

Il en va de même du désir, qu’il soit général, affectif ou charnel. Le jeûne consiste ici à remonter du désir vers l’idée qui le suscite. Car ce qui est désiré n’est pas toujours l’autre lui-même, mais ce que l’esprit imagine pouvoir recevoir à travers lui : plaisir, sécurité, reconnaissance, affection, possession, comblement ou sentiment d’unité.

 

Tant que l’idée reste invisible, le désir semble venir de l’extérieur et l’autre peut apparaître comme un bien indispensable à obtenir. Mais lorsque l’idée est reconnue, quelque chose se dissocie : la personne cesse d’être confondue avec la représentation que l’esprit en a construite.

 

L’autre redevient alors un être, et non un objet destiné à satisfaire un manque.

 

Le jeûne devient ainsi une pratique de liberté : ressentir le désir sans le réprimer, mais aussi sans lui donner automatiquement le pouvoir de définir ce que l’autre représente ou ce dont nous croyons avoir besoin.

 

Une envie apparaît. Nous la ressentons. Nous observons l’image, l’attente ou la croyance qui l’accompagne. Puis nous laissons cette construction intérieure être vue sans nécessairement lui obéir.

 

Parfois, l’envie demeure. Parfois, elle s’éteint. Dans les deux cas, quelque chose est appris : une sensation n’est pas un ordre, une pensée n’est pas une vérité et un désir n’est pas une nécessité.

 

Nous découvrons alors que le manque lui-même peut être une construction du mental.

 

C’est pourquoi le jeûne psychologique ne consiste pas seulement à retirer de la nourriture à l’esprit. Il consiste à retirer notre énergie de tout ce que nous alimentons inconsciemment : les pensées répétitives, les histoires personnelles, les attentes, les projections, les jugements et les représentations auxquelles nous nous identifions.

 

Lorsque nous cessons de remplir chaque vide, le vide cesse d’apparaître comme une menace. Il devient un espace.

 

Dans cet espace, quelque chose était déjà présent : le souffle, la conscience, le silence, la présence.

 

Plus profondément encore, jeûner signifie cesser de nourrir l’idée que quelque chose d’extérieur pourrait nous compléter. Ni la nourriture, ni l’information, ni le plaisir, ni la possession, ni même l’autre ne peuvent apporter durablement ce que nous cherchons lorsque nous avons oublié notre propre plénitude.

 

Le véritable jeûne ne consiste donc pas à se priver. Il consiste à voir ce qui nous pousse à vouloir remplir.

 

Et lorsque cette vision devient claire, le désir peut être traversé sans devenir possession, l’émotion peut être vécue sans devenir identité, et le silence peut enfin révéler ce que le mental cherchait sans cesse à l’extérieur.

 

Le jeûne du corps suspend la nourriture. Le jeûne psychologique suspend la suralimentation du mental.

 

Et au cœur de ce dépouillement, il ne reste peut-être rien à obtenir.

 

Seulement la présence de ce qui est déjà là.


Riad Zein

 


 

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