Le monde est ce que l'on pense qu'il est
- 12 août
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Dernière mise à jour : 15 août

Nous croyons vivre dans un monde commun. Nous partageons les mêmes paysages, les mêmes villes, les mêmes corps, les mêmes événements. Nous avons développé des sciences, des systèmes de pensée, des religions, des cultures et des connaissances communes qui semblent confirmer l'existence d'une réalité extérieure indépendante de nous.
Mais tout cela appartient encore au rêve. Le rêve ne signifie pas que rien n'existe. Il signifie que ce que nous appelons habituellement « la réalité » n'est pas encore la Réalité elle-même.
Il existe une Réalité fondamentale, parfaite dans sa cohérence et son harmonie. Elle n'est pas divisée, elle n'est pas en conflit avec elle-même. Elle ne connaît ni guerre, ni violence, ni mal, ni séparation. Elle est simplement ce qui est.
Mais nous ne vivons généralement pas dans cette Réalité. Nous vivons dans une représentation de celle-ci.
Le rêve collectif
Le rêve commence collectivement. Nous naissons dans un monde déjà construit : une langue, une culture, des valeurs, des croyances, une histoire, des connaissances, des règles, des catégories et une certaine conception de ce qui est réel.
Nous apprenons à nommer les choses et, en les nommant, nous apprenons aussi à les séparer. Nous apprenons ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est possible et impossible, ce qui est normal et anormal, ce qui est vrai et faux.
Même la science et le consensus appartiennent à ce rêve collectif. Ils constituent des systèmes extraordinairement élaborés pour comprendre et organiser le monde tel qu'il apparaît dans le rêve. Mais ils restent des constructions du mental.
Le fait qu'une connaissance soit partagée par des milliards d'êtres humains ne la fait pas sortir du rêve. Le consensus rend une représentation collective, pas nécessairement la Réalité elle-même.
Le rêve individuel
À l'intérieur de ce rêve collectif, chacun construit son propre rêve. Nous recevons la même réalité apparente, mais nous ne la vivons pas de la même manière. Nos mémoires, nos croyances, nos blessures, nos attentes, nos peurs et nos interprétations façonnent notre expérience. Ainsi, chacun possède son propre monde.
Deux personnes peuvent être dans la même pièce et pourtant ne pas habiter le même univers intérieur. Elles voient les mêmes événements, mais elles n'en rencontrent pas le même sens. L'une voit une menace, l'autre voit une opportunité. L'une voit un rejet, l'autre voit une invitation. Le décor est commun, mais le rêve est différent.
C'est ainsi que nous pouvons croire vivre ensemble alors que chacun traverse essentiellement son propre rêve à l'intérieur d'un rêve collectif.
Le mental tisse le rêve
Le mental est le tissu du rêve. Il compare, nomme, classe, interprète, juge, anticipe et se souvient. Il transforme constamment ce qui est en une histoire sur ce qui est.
Nous ne voyons alors plus simplement ce qui se présente. Nous voyons ce que notre mental nous dit que cela signifie. Et nous finissons par confondre les deux.
Une pensée devient une vérité. Une interprétation devient un fait. Une mémoire devient une réalité présente. Une peur devient une menace extérieure. Une image de l'autre devient l'autre lui-même.
C'est ainsi que le rêve devient extrêmement convaincant. Nous oublions que nous rêvons.
Le mal appartient au rêve
Dans cette perspective, la guerre, la violence, la haine, la séparation et le mal ne sont pas des propriétés de la Réalité fondamentale. Ils appartiennent au rêve de séparation.
Ils sont réels dans le rêve : la souffrance qu'ils provoquent est vécue, ressentie et peut sembler absolument réelle à celui qui la traverse. Mais ils ne constituent pas la nature ultime de la Réalité.
La Réalité n'a pas besoin d'être réparée. Elle est déjà entière. C'est notre perception qui s'en est éloignée.
Ainsi, le chemin spirituel ne consiste pas à fabriquer artificiellement un monde parfait à partir d'un monde imparfait. Il consiste à sortir du rêve qui nous fait percevoir la séparation comme une réalité absolue.
Peut-on vraiment rencontrer l'autre ?
Tant que je suis dans mon rêve mental, je ne rencontre pas réellement l'autre. Je rencontre l'image que j'ai construite de lui. Je rencontre son personnage dans mon histoire. Je rencontre mes souvenirs à son sujet, mes attentes, mes jugements et mes projections. Et l'autre fait exactement la même chose avec moi. Nous croyons nous rencontrer, alors que deux représentations mentales se rencontrent.
La véritable rencontre commence lorsque le rêve se retire. Lorsque je cesse de suivre mes pensées. Lorsque mon attention se dépose dans le ressenti. Lorsque je lâche mes interprétations. Lorsque je cesse momentanément de vouloir comprendre, contrôler ou définir. Alors le mental se tait. Et dans ce silence, quelque chose devient possible.
Je peux enfin rencontrer l'autre sans l'intermédiaire de l'image que j'avais créée de lui. Je ne rencontre plus mon idée de l'autre. Je rencontre sa présence.
Sortir du rêve
Sortir du rêve ne signifie pas quitter le monde physique. Cela signifie quitter l'identification au mental qui nous donne constamment une interprétation de ce monde.
La Présence est cette sortie. Elle ne demande pas de croire à une nouvelle théorie. Elle ne demande pas de remplacer une croyance par une autre. Elle demande simplement de déposer l'attention dans ce qui est présent, ici et maintenant, avant que le mental ne transforme l'expérience en histoire.
Dans le ressenti. Dans le silence. Dans le lâcher-prise. Dans la simple présence à ce qui est.
Alors le rêve perd progressivement son pouvoir. Et quelque chose apparaît derrière lui. Ce qui était déjà là. La Réalité.
Nous ne sommes pas ici pour changer le rêve
Tant que nous croyons être le personnage du rêve, nous cherchons à améliorer le rêve. Nous voulons changer les autres, changer le monde, changer les circonstances, obtenir davantage, supprimer ce qui nous dérange et construire une réalité conforme à nos désirs. Mais nous restons ainsi prisonniers du rêve.
Le véritable changement commence lorsque nous cessons de vouloir transformer le rêve et que nous cherchons à voir ce qui est avant le rêve. Alors nous découvrons peut-être que nous n'avons jamais été séparés de la Réalité. Nous avions simplement oublié de la regarder sans le filtre du mental.
Nous croyons vivre dans un monde commun. Nous partageons effectivement une expérience collective, mais chacun la traverse dans son propre rêve. Et derrière tous ces rêves individuels et collectifs, il existe une seule Réalité. Une Réalité qui n'a jamais été divisée. Une Réalité qui n'a jamais connu la guerre. Une Réalité qui n'a jamais perdu son harmonie. Une Réalité qui n'a jamais cessé d'être Amour.
Le réveil n'est donc pas la création d'un nouveau monde. C'est la fin de la croyance en celui que le mental nous faisait prendre pour le réel.
Riad Zein



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