Le phare dans le brouillard
- 24 juin
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Il était une fois un voyageur qui traversait une vaste vallée couverte de brume. Depuis si longtemps il marchait dans ce paysage voilé qu'il avait fini par oublier d'où il venait. Il ne se souvenait plus de la lumière qui l'avait vu naître. Il ne voyait plus que les ombres mouvantes qui dansaient autour de lui.
À mesure que son souvenir s'effaçait, un étrange fardeau apparut sur ses épaules. Il l'appelait culpabilité. Chaque pas semblait l'alourdir davantage. Pourtant, ce poids n'était fait ni de pierre ni de métal. Il était tissé d'oubli.
Car la culpabilité naît lorsque l'être se croit séparé de sa propre source. Elle ne survit que dans l'ombre de cette séparation imaginaire.
Un jour, épuisé de lutter contre ce qu'il ressentait, le voyageur s'assit au bord du chemin. Pour la première fois, il cessa de fuir. Il regarda simplement ce poids qu'il portait depuis si longtemps.
Sans accusation.
Sans justification.
Sans jugement.
Alors quelque chose d'étrange se produisit.
Le fardeau commença à se dissoudre, comme une gelée blanche sous le soleil du matin.
Le voyageur comprit que les ombres avaient besoin de son regard inquiet pour subsister. Tant qu'il les combattait, elles semblaient grandir. Tant qu'il les nourrissait de son attention dispersée, elles trouvaient leur nourriture. Mais ce qu'il observait avec une clarté paisible perdait peu à peu son pouvoir.
Ce que l'on cesse de nourrir s'éteint.
Au loin, à travers les brumes, il aperçut alors un phare.
Sa lumière n'avait jamais cessé de briller. Elle n'était ni nouvelle ni retrouvée. Elle avait toujours été là.
Le brouillard l'avait simplement voilée.
Ainsi est la paix intérieure. Elle ne disparaît jamais. Elle attend derrière les nuages du mental, derrière les récits de manque, de faute et de peur. Elle n'est pas une récompense à obtenir ni un sommet à conquérir. Elle demeure silencieuse au cœur même de l'être.
Le voyageur poursuivit sa route en gardant les yeux sur le phare.
Il découvrit alors que l'attention est semblable à cette lumière. Là où elle se pose avec douceur, les contours apparaissent. Le réel se distingue de l'irréel. Les fantômes du rêve perdent leur consistance.
Car le mental est un artisan habile. Il fabrique des ombres à partir de souvenirs, de suppositions et de craintes. Puis il les projette sur les murs de la conscience comme si elles étaient le monde lui même.
Mais une ombre ne peut résister à la lumière qui la regarde.
La peur elle même ne tient que par notre adhésion. Elle ressemble à une flamme alimentée par le bois de nos croyances. Retirez le combustible, et le feu s'éteint de lui même.
Le voyageur comprit alors un autre secret.
La souffrance n'est pas le prix de la paix.
Elle n'est pas un passage obligé.
Elle est souvent le signe que l'on cherche la sortie dans le labyrinthe même qui nous égare.
La véritable force n'est ni la lutte ni la résistance. Elle réside dans la présence. Cette présence simple qui accueille ce qui est sans s'y perdre. Cette présence qui reconnaît plutôt qu'elle ne corrige.
Car rien n'est réellement à réparer.
Le ciel n'a pas besoin d'être réparé lorsque des nuages le traversent. Il suffit de se souvenir qu'il était bleu avant eux.
Cela ne signifie pas que les actes n'ont pas de conséquences, ni que la relation à l'autre ne mérite pas d'être réparée lorsqu'elle a été blessée. Mais la culpabilité dont nous parlons ici n'est pas celle qui répare un lien. Elle est celle qui ronge l'être lui même, le tenant captif d'une faute imaginaire envers sa propre nature.
De même, la lumière de l'être ne peut être altérée. Aucun regret ne peut la ternir. Aucune erreur ne peut l'endommager. Aucun rêve de séparation ne peut l'atteindre.
Ce qui vient de la Source porte toujours la paix.
Ce qui engendre la peur appartient aux brumes du rêve.
Et lorsque le voyageur leva enfin les yeux, il réalisa que le phare qu'il suivait n'était pas devant lui.
Il brillait au centre même de son être.
Alors le brouillard continua peut-être d'exister çà et là dans la vallée, mais il ne pouvait plus lui cacher le chemin.
Car la liberté intérieure commence toujours ainsi :
par un regard clair,
une attention sans fuite,
et la reconnaissance silencieuse de la lumière qui n'a jamais cessé de briller.
Riad Zein



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