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Se libérer du sentiment d'abandon : la racine de toute souffrance

  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

 

La blessure derrière les blessures

 

Le sentiment d'abandon est souvent associé à une rupture, à un rejet, à une séparation ou à un manque d'amour vécu durant l'enfance. Pourtant, ces événements ne sont généralement que les circonstances qui réveillent une réalité beaucoup plus profonde. Ils ne créent pas le sentiment d'abandon ; ils révèlent une croyance déjà présente : celle d'être séparé de ce que nous sommes véritablement.

 

Cette croyance constitue la racine invisible de la souffrance humaine.

 

Toutes les blessures semblent différentes. Certaines prennent le visage du rejet, d'autres de la trahison, de l'humiliation, de l'injustice, de la solitude, de la culpabilité ou de l'échec. Chacune possède son histoire, ses circonstances et ses émotions particulières. Pourtant, lorsqu'on remonte jusqu'à leur origine, elles conduisent toutes vers une même perception : celle d'un être qui se croit privé de quelque chose d'essentiel.

 

Sous chacune de ces blessures se cache la même question silencieuse : « Pourquoi suis-je séparé de l'amour, de la paix ou de la plénitude ? »

 

Comment naît l'ego

 

À partir de cette perception naît le sentiment de manque. Lorsque nous nous croyons incomplets, toute notre énergie se tourne vers la recherche de ce qui pourrait restaurer cette complétude. Le mental entreprend alors une quête incessante. Il imagine que le bonheur se trouve dans une relation idéale, dans la réussite, dans la reconnaissance, dans la possession, dans le pouvoir, dans la connaissance ou dans les plaisirs du monde.

 

Mais derrière cette diversité de désirs se cache toujours le même besoin : retrouver ce que nous croyons avoir perdu. C'est précisément sur cette croyance que se construit l'ego.

 

L'ego n'est pas notre véritable identité. Il est la personnalité que le mental élabore pour tenter de survivre à une séparation qu'il croit réelle. Convaincu qu'il lui manque quelque chose, il cherche sans cesse à se protéger, à contrôler, à convaincre, à posséder, à réussir, à séduire ou à être reconnu.

 

Toutes ces stratégies poursuivent un seul objectif : faire disparaître le sentiment de manque. Pourtant, cette quête est sans fin. Chaque désir satisfait en appelle un autre. Chaque réussite devient insuffisante. Chaque sécurité obtenue fait naître une nouvelle inquiétude.

 

Le piège de l'attachement

 

Le véritable problème n'est pas ce que nous possédons ou ce qui nous manque. Il est la croyance qu'une partie essentielle de nous-mêmes pourrait être absente.

 

De cette croyance découlent presque toutes les formes de souffrance. Le besoin de contrôle naît de la peur de revivre le manque. La jalousie naît de la peur de perdre ce qui semble nous compléter. La dépendance affective naît de l'idée que notre bonheur dépend d'une autre personne. L'orgueil cherche à masquer un sentiment d'insuffisance. La culpabilité entretient l'impression de ne plus mériter l'amour. La colère apparaît lorsque le monde refuse de satisfaire nos attentes.

 

À mesure que cette illusion s'installe, nous devenons dépendants du monde des formes. Nous demandons aux relations de nous apporter l'amour que nous croyons ne pas posséder. Nous demandons aux réussites de confirmer notre valeur. Ainsi naissent les attachements.

 

Or tout ce qui appartient au monde est impermanent. Les relations évoluent, les corps vieillissent, les situations changent, les possessions disparaissent. Lorsque notre paix dépend de ce qui change, la peur devient inévitable.

 

La peur de la mort et l'illusion de séparation

 

À la racine de cette dynamique se trouve également la peur la plus universelle : la peur de la mort. Si je me définis uniquement par mon corps, mon histoire ou ma personnalité, leur disparition semble annoncer ma propre disparition.

 

Mais cette peur repose sur la même erreur fondamentale : croire que notre identité dépend de ce qui est temporaire. Pourtant, la séparation n'est pas un fait. Elle est une interprétation de l'esprit.

 

Aucune vague n'est séparée de l'océan qui la porte. Aucun rayon n'est séparé du soleil dont il émane. Aucun être vivant n'est séparé de la Vie qui l'anime. Ce qui se croit séparé n'est pas l'être lui-même, mais l'image que le mental s'est construite de lui-même.

 

Revenir à la présence

 

Lorsque cette compréhension cesse d'être seulement intellectuelle pour devenir une expérience vécue, toute la perception du monde commence à changer. Nous découvrons que le sentiment d'abandon n'était pas une vérité, mais un voile posé sur notre conscience.

 

Nous cessons d'attendre des autres qu'ils réparent notre passé. Les relations deviennent des lieux de partage plutôt que des tentatives de remplissage. Les réussites deviennent des expressions de notre créativité plutôt que des preuves de notre valeur.

 

Le détachement ne signifie pas se retirer du monde ni renoncer à aimer. Il signifie aimer sans dépendre, agir sans s'identifier aux résultats, posséder sans être possédé, donner sans chercher à combler un vide.

 

La conscience découvre alors qu'elle est le témoin de toutes les expériences sans être limitée par aucune d'elles. Les pensées apparaissent puis disparaissent. Les émotions traversent le corps avant de s'évanouir. Pourtant, quelque chose demeure immuable : la simple conscience d'être. C'est dans cette présence que la paix se révèle.

 

Alors apparaît une évidence silencieuse : nous n'avons jamais été séparés de la Vie, de l'Amour ou de notre véritable nature. Ce qui est essentiel n'a jamais été perdu. Seule la croyance en sa perte entretenait la souffrance.

 

Lorsque cette croyance s'effondre, la quête prend fin. Il ne reste plus qu'une présence paisible, libre et entière, qui reconnaît enfin que la plénitude n'était pas un but à atteindre, mais la réalité la plus profonde de son être.


Riad Zein

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